Food Cost

Facture Pomona : TerreAzur, PassionFroid, EpiSaveurs et le coût matière

Pomona est un groupe français de distribution livrée pour les professionnels de la restauration, organisé en réseaux spécialisés par famille de produits : TerreAzur pour les fruits, légumes et produits de la mer frais, PassionFroid pour le surgelé, le frais carné et les produits laitiers, EpiSaveurs pour l’épicerie, les boissons et l’hygiène, auxquels s’ajoutent d’autres réseaux selon les métiers servis. Cette organisation explique une chose qui déroute beaucoup de restaurateurs : on ne reçoit pas « une » facture Pomona, on en reçoit plusieurs, émises par des entités différentes, avec des rythmes de prix qui n’ont rien à voir entre eux.

Un groupe, plusieurs réseaux, plusieurs logiques de prix

Traiter ces factures comme un flux unique est la première erreur. Chaque famille de produits obéit à une mécanique de prix distincte, et mérite une fréquence de contrôle distincte.

Les fruits, légumes et produits de la mer frais suivent le marché. Les arrivages, la météo, la saison et la demande font bouger les prix d’une semaine à l’autre, parfois de façon spectaculaire. Ici, un prix figé dans une fiche technique est faux en permanence — la question n’est pas de savoir s’il faut le mettre à jour, mais à quelle fréquence.

Le frais carné, les produits laitiers et le surgelé évoluent par paliers, au rythme des cours amont et des révisions tarifaires. Les mouvements sont plus lents mais installés, et ils portent souvent sur les postes les plus lourds de la carte.

L’épicerie, les boissons et l’hygiène bougent peu et rarement, ce qui les rend paradoxalement dangereux : ce sont les prix qu’on oublie de mettre à jour pendant deux ans. L’écart cumulé y est souvent le plus important du fichier ingrédients.

Conséquence pratique : le suivi ne se fait pas « fournisseur par fournisseur » mais famille par famille. Une même méthode appliquée à tout votre fichier vous fera perdre du temps sur ce qui ne bouge pas et rater ce qui bouge.

Lire la facture d’un réseau spécialisé

L’en-tête identifie l’entité qui facture — c’est là qu’on voit à quel réseau on a affaire — avec le numéro de client, la période ou la date de livraison, et le numéro de facture. Sur ce type de circuit, la facture renvoie généralement à un ou plusieurs bons de livraison, dont les numéros figurent en regard des lignes ou en tête de bloc.

Le corps liste les articles, avec la mécanique habituelle : code produit, désignation, conditionnement, quantité, prix unitaire HT, remise éventuelle, montant HT, code de TVA. Deux particularités méritent attention sur les réseaux de produits frais.

Les articles à poids variable portent souvent deux quantités : un nombre de colis ou de pièces, et un poids réellement pesé. Le prix unitaire s’applique au poids, pas au colis. Le montant de ligne varie donc à chaque livraison même quand le tarif ne bouge pas : c’est normal, et c’est le prix au kilo qu’il faut suivre.

Les prix au cours du marché peuvent changer d’une livraison à l’autre sur les mêmes références. Une facture qui couvre plusieurs livraisons fera donc apparaître le même produit plusieurs fois, à plusieurs prix. Ce n’est pas une anomalie : c’est l’information la plus utile de tout le document, parce qu’elle donne la tendance.

Le pied de facture récapitule les totaux par taux de TVA, les frais éventuels et les conditions de règlement. Comme toujours, seuls les montants HT entrent dans le coût matière.

Les pièges propres au multi-réseaux et au frais

Le même ingrédient acheté sur deux réseaux

Un produit disponible chez deux réseaux ou deux fournisseurs finit souvent en double dans le fichier ingrédients, avec deux prix différents. Les recettes piochent alors l’un ou l’autre au hasard de la saisie. Un ingrédient, une fiche, un prix courant.

Le montant de ligne pris pour un prix

Sur les poids variables, le montant de ligne dépend de la pesée. Le suivre comme un prix crée des dérives imaginaires et masque les vraies.

Le prix moyen annuel sur des produits saisonniers

Un prix unique à l’année sur un légume de saison rend la carte fausse la moitié de l’année. Mieux vaut deux prix saisonniers, ou une recette qui suit la saison.

L’épicerie jamais réactualisée

Elle bouge lentement, donc on ne la regarde plus. C’est le poste où l’on découvre le plus souvent des écarts à deux chiffres après un an ou deux d’oubli.

Les colis de calibres différents

Sur les fruits et légumes, le calibre change le nombre de pièces au kilo, donc le nombre de portions. Le prix au kilo peut rester identique alors que le coût de la portion augmente.

Les frais et contributions répartis sur la matière

Transport, emballage, contributions : ils appartiennent aux charges. Répartis sur les ingrédients, ils rendent le food cost dépendant du volume commandé et incomparable d’un mois sur l’autre.

Calculer un coût par portion quand le prix bouge

La méthode reste la même que pour n’importe quelle facture — ramener au conditionnement, corriger du rendement, appliquer le grammage — mais elle demande une décision supplémentaire sur les produits volatils : quel prix retenir.

1

Prendre le prix au kilo, pas le montant de ligne

Sur tout produit pesé, c’est le prix unitaire qui est stable et signifiant. Le montant de ligne ne sert qu’au contrôle du poids reçu.

2

Choisir une base : dernier prix ou moyenne récente

Le dernier prix reflète la réalité du jour mais fait sauter la carte à chaque arrivage. Une moyenne des dernières livraisons est plus stable et plus utilisable pour tarifer. Choisissez, et gardez la même règle pour tous les produits frais.

3

Appliquer le rendement produit par produit

Épluchage, effeuillage, parage, levée de filets : sur le frais, c’est le facteur qui change le plus le résultat. Un rendement de 60 % multiplie le coût réel par 1,67.

4

Vérifier la marge du plat, pas seulement son coût

Sur les produits volatils, l’objectif n’est pas de tenir un food cost à la décimale mais de savoir à partir de quel prix d’achat le plat cesse d’être rentable. Ce seuil-là est la vraie information de pilotage.

Exemple de calcul

Une ligne de marée indique : « SAUMON ENTIER », 1 colis, poids facturé 8,420 kg, prix unitaire 11,80 € HT le kilo, montant 99,36 €. Le prix à retenir est 11,80 € le kilo — pas 99,36 €, qui ne dit rien d’autre que le poids reçu ce jour-là.

Rendement après levée des filets, désarêtage et parage : 55 %. Le coût du saumon réellement servi ressort à 11,80 ÷ 0,55 = 21,45 € le kilo.

Une portion de 140 g coûte 3,00 €. Vendue 24,00 € TTC en TVA à 10 %, soit 21,82 € HT, la seule protéine représente 13,8 % du prix de vente ; avec garniture, sauce et amortissement des parures, on approche souvent 22 à 25 %.

Si la livraison suivante passe à 13,40 € le kilo, le coût de portion monte à 3,41 € et le plat perd 41 centimes de marge par assiette sans qu’aucune alerte ne se déclenche — sauf si le prix d’achat est réellement suivi.

Les montants ci-dessus sont des chiffres d'illustration choisis pour la démonstration du calcul. Ce ne sont pas des tarifs relevés chez ce fournisseur : les prix d'une centrale d'achat sont négociés client par client et ne sont pas publics. Reprenez toujours les montants de votre propre facture.

À quel rythme surveiller chaque famille

La bonne fréquence n’est pas la même pour tout le fichier. Une répartition qui fonctionne dans la plupart des cuisines :

À chaque facture pour les fruits, légumes et produits de la mer. Ce sont les seules familles où un contrôle mensuel arrive trop tard.

Une fois par mois pour le frais carné, les produits laitiers et le surgelé. Suffisant pour repérer un palier, sans y passer ses soirées.

Une fois par trimestre pour l’épicerie, les boissons et les produits secs — mais réellement une fois par trimestre, calendrier en main, sinon c’est deux ans.

Systématiquement avant toute réimpression de carte, tout changement de menu et toute négociation. Une carte se conçoit sur des coûts à jour, pas sur ceux de la saison précédente.

Le principe reste le même quel que soit le fournisseur : ce n’est pas le prix absolu qui pilote une carte, c’est l’écart entre le prix d’aujourd’hui et celui sur lequel la carte a été construite.

Reportez vos prix d'achat sans ressaisie

Photographiez votre facture Pomona : les lignes et les prix d'achat HT sont relevés, vous validez ou corrigez ligne par ligne, et Food Cost recalcule le coût matière des recettes concernées. La page dérive des prix montre ensuite ce qui a augmenté et quelles recettes passent au-dessus de leur food cost cible.

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Questions fréquentes

Pourquoi je reçois plusieurs factures Pomona ?

Le groupe est organisé en réseaux spécialisés par famille de produits — TerreAzur pour les fruits, légumes et produits de la mer frais, PassionFroid pour le surgelé, le frais carné et les produits laitiers, EpiSaveurs pour l’épicerie, les boissons et l’hygiène, auxquels s’ajoutent d’autres réseaux selon le métier servi. Chaque réseau commande, livre et facture séparément. Vous avez donc plusieurs relations fournisseurs distinctes derrière un nom de groupe unique.

Comment suivre son coût matière quand les prix changent chaque semaine ?

En cessant de chercher un prix fixe. Sur les fruits, légumes et produits de la mer, le prix suit le marché : la bonne pratique est de mettre à jour le prix d’achat à chaque facture, et de piloter la carte sur une moyenne récente plutôt que sur le dernier prix. Les plats bâtis sur ces familles doivent aussi être conçus pour tolérer la variation, en jouant sur la garniture et la saisonnalité.

Faut-il un prix différent par saison pour un même ingrédient ?

C’est souvent la seule façon d’avoir un food cost réaliste sur les produits frais. Un même légume peut coûter du simple au double selon la période. Garder un prix annuel moyen donne une carte confortable en pleine saison et déficitaire hors saison, sans qu’on comprenne pourquoi la marge s’effondre certains mois.

Comment traiter la marée facturée au poids réel ?

Comme tous les produits à poids variable : la valeur à conserver est le prix au kilo, jamais le montant de la ligne. Le montant change à chaque livraison parce que le poids change, pas parce que le prix a bougé. Confondre les deux fabrique une fausse dérive et fait perdre confiance dans le suivi.

Faut-il consolider les factures des différents réseaux ?

Pour le coût matière, non : chaque ligne alimente la fiche de son ingrédient, quelle que soit sa provenance. Pour le pilotage des achats, oui : consolider permet de voir le poids réel de chaque famille dans le total et de repérer la famille qui dérive. Ce sont deux lectures différentes, à ne pas mélanger.

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